La classe de CM2 à la Sainte Famille

Les défis

Congrès des jeunes chercheurs

2010

Vous ne comprendrez l’intérêt de la démarche expérimentale à l’école que si vous, les adultes, acceptez pour un fois de vous taire, de vous faire assez petits pour qu’on vous oublie… et d’écouter, de regarder. Vous êtes tentés d’intervenir pour suggérer, conseiller… prendre la parole pour expliquer mieux… ou tout simplement poser des questions ? Oubliez… Reculez… mais pas trop… et tendez l’oreille.

« Vous savez comment l’eau monte au deuxième étage de la maison ?
- … Et bien oui…. par un tuyau…
- C’est ce que nous avons répondu aussi dans notre classe… Mais regarde, l’eau monte dans le tuyau transparent mais elle ne va pas assez haut. Il faut la faire monter jusqu’au deuxième étage. Alors comment faire ? »

Le visiteur, le regard interrogateur, se voit confier deux bouteilles renversées, reliées entre elles par un tuyau transparent fixé aux goulots. Ses interlocuteurs l’invitent à lever une bouteille… l’eau se vide dans celle-ci et monte dans l’autre. En inversant le mouvement, l’eau reprend le chemin inverse. Le flot s’arrête quand le niveau est à la même hauteur dans les deux bouteilles. « Si l’eau vient de plus haut que le deuxième étage de la maison, alors elle montera toute seule dans le tuyau… Dans une ville, il faut mettre l’eau…
- …dans un château d’eau ! C’est pour cela qu’ils sont plus grands que les maisons ! »

« Pour faire avancer un bateau sans moteur, j’aurais pensé à la voile… pas à l’élastique qui fait tourner la roue… mais un bateau ne peut pas avancer avec du savon !
- Si regarde ! » Un morceau de savon est accroché à une barquette qui est posée dans une grande cuvette d’eau. Et chose surprenante (qui fait s’approcher les adultes incrédules…), le « bateau » avance… doucement, mais il avance ! « Oh… regarde ! Le savon fondu fait du gras sur l’eau. Tu vois, c’est tout trouble.
- … mais le gras ne bouge pas.. et comme le savon fait encore du gras et qu’il n’a pas de place, il doit pousser le bateau »

Les classes présentent leurs découvertes dans des stands disposés dans le grand hall du Conseil Général. Chacun leur tour, les élèves présentent la recherche de leur classe, chacun leur tour, ils partent à la découverte des autres recherches.

L’angoisse d’exposer s’estompe bien vite devant l’intérêt et les questions des camarades. On oublie qu’on a 6 ans et qu’on est face à des grands de CM2… Pour ce qui est de nettoyer de l’eau sale, nous en savons aujourd’hui un peu plus qu’eux. Alors on raconte, on répond.

Le temps passe vite et il faut se dépêcher pour découvrir tous les stands. « Je n’aurai jamais terminé de remplir mon cahier de découverte ! » « Ce n’est pas grave, la maîtresse a dit que nous le terminerions en classe ». Une page par recherche fait effectivement l’objet d’un jeu, d’un questionnaire, d’une illustration à compléter. Il guide l’observation et fait entrer les élèves dans la problématique de la recherche.

Les adultes qui ont su rester en retrait dans un premier temps le font tout naturellement par la suite. Les questions posée, les réponses données, les explications, les démonstrations ne sont pas tout à fait celles qu’ils étaient tentés de lancer… pour les aider, bien généreusement. La prise de conscience est rapide : notre vérité d’adulte n’est pas celle des élèves… Si vous êtes tentés de prendre la parole pour aller au plus vite « Mais non, notre souffle a la température de 37 degrés ! Si vous soufflez sur le glaçon, il va fondre plus vite… », les élèves ne relèvent pas et vous étonneront en poursuivant « Pour avoir le souffle plus frais encore, nous avons mangé des bonbons à la menthe »… et malgré votre réponse, ils s’y essaient… Progressivement, par l’expérience, par l’échange, les réponses arrivent, l’impression de « frais » ne veut pas dire « froid »… pas tout à fait celles que vous attendiez… mais elles ne sont pas éloignées. Et si vous regardez les élèves quitter le stand, vous serez encore surpris… Certains se soufflent la main, incrédules « Pourtant c’est frais… ». Le savoir se construit tout doucement... mais sûrement et efficacement. L’enfant remet en doute ce qu’il croyait, il le vérifie et s’ouvre à une autre possibilité.

Vous avez oublié ? Les adultes étaient là pour surveiller. S’ils ont pu assister aux rencontres entre élèves, ce n’est pas parce qu’ils ont négligé leur tâche. L’élève dit « les plus terrible » regarde les dynamos de près. « Vous les avez trouvées où ? … et vous croyez qu’avec l’hélice de mon avion, je pourrais allumer une ampoule ? ». Le plus timide, qui a pris l’habitude suivre, de laisser dire, de se faire oublier est interpellé par trois élèves de CP « Comment vous le voyez l’engrais dans la terre ? Nous, on ne voit rien… et si on ne le voit pas, c’est qu’il n’y en a plus »… il faut bien répondre. Un moment « magique » ? Non… « privilégié »… oui ! La longue recherche menée par chaque classe, une même méthode pour tous, la rencontre, un lieu prestigieux… tous les ingrédients sont rassemblés pour que tous les élèves apprennent avec plaisir.

Les parents sont étonnés… c’est un bonne piqûre de rappel pour les enseignants qui, dans le quotidien de leur classe, pressés par les programmes, pourraient être tentés de conclure plus vite, à la place des élèves… et de s’étonner qu’ils ne comprennent pas, ne s’intéressent pas, ne retiennent pas. La préparation du congrès imposait une dynamique de classe… cette journée fait le pari de la pérenniser dans les écoles.


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